La valeur d'une gravure ou d'une lithographie dépend d'abord de son statut : estampe originale, tirée par l'artiste ou sous son contrôle, ou simple reproduction d'une œuvre. Une gravure décorative du XIXe siècle vaut le plus souvent quelques euros à quelques dizaines d'euros ; une lithographie originale signée au crayon et numérotée d'un artiste majeur peut valoir plusieurs centaines à plusieurs milliers d'euros. Les lithographies « d'après » et les reproductions signées dans la planche restent généralement modestes, même avec un grand nom.
Repères
| Gravure en creux | burin, eau-forte, pointe sèche, aquatinte, manière noire |
|---|---|
| Gravure en relief | bois de fil, bois de bout, linogravure |
| Lithographie | dessin sur pierre ou plaque, sans relief ni cuvette |
| Indice clé | la cuvette du cuivre pour la gravure en creux |
| Mentions de tirage | numérotation (12/50), E.A., H.C., signature au crayon |
| Défauts fréquents | rousseurs, insolation, marges coupées, mouillures |
Burin, eau-forte, bois, pierre : reconnaître la technique
Dans la gravure en creux, l'image est incisée dans une plaque de métal, le plus souvent du cuivre. Au burin, le trait est net, effilé aux extrémités ; à l'eau-forte, il est creusé par un acide et garde la souplesse du dessin ; à la pointe sèche, le métal rejeté de chaque côté du sillon, la barbe, donne un trait velouté qui s'use vite, d'où des tirages courts. Sous la loupe, l'encre forme un léger relief sur le papier.
Dans la gravure sur bois, on creuse autour du trait, qui reste en relief et s'imprime comme un tampon : le trait est plus franc, l'encre parfois légèrement foulée dans le papier. La lithographie, inventée à la fin du XVIIIe siècle, repose sur un dessin au crayon gras sur une pierre calcaire : l'image est plate, avec un grain qui rappelle le crayon ou des aplats de couleurs juxtaposés.
Une reproduction moderne, elle, se trahit sous la loupe par une trame de points réguliers, sans relief ni grain de pierre. C'est le même test que pour savoir si un tableau a de la valeur, et c'est le premier à faire.
| Technique | Ce qu'on voit à la loupe | Indice complémentaire |
|---|---|---|
| Burin | traits nets, effilés, réguliers | cuvette autour de l'image |
| Eau-forte | traits souples, extrémités arrondies | cuvette, encre légèrement en relief |
| Pointe sèche | traits veloutés, flous sur les bords | cuvette, tirage souvent restreint |
| Bois | traits francs, aplats noirs, foulage | pas de cuvette, relief au revers |
| Lithographie | grain de crayon ou aplats plats | pas de cuvette, papier sans relief |
| Reproduction offset | trame de points réguliers | papier souvent couché, brillant |
Cuvette, marges, papier : les indices matériels
La cuvette est la marque en creux laissée sur le papier par les bords de la plaque de cuivre, sous la forte pression de la presse. Elle forme un rectangle légèrement enfoncé autour de l'image. Sa présence oriente vers une gravure en creux, mais elle peut être imitée par un simple gaufrage sur une reproduction : elle doit être cohérente avec le trait.
Les marges comptent beaucoup. Une estampe dont les marges ont été rognées pour l'encadrement perd une part de sa valeur, surtout si la coupe touche la cuvette ou les mentions imprimées en dessous (nom du dessinateur, du graveur, de l'éditeur). Les amateurs recherchent des épreuves à grandes marges, sur un beau papier vergé ou vélin.
Le papier lui-même renseigne : un papier vergé, avec ses fines lignes visibles en transparence, et un filigrane orientent vers une impression ancienne ; un papier couché et lisse, vers une impression moderne. Regardez aussi le revers, qui ne doit pas porter d'impression : une planche imprimée au dos est souvent une page découpée dans un livre ou une revue.
Lithographies signées et numérotées : démêler l'original du « d'après »
Une lithographie originale est conçue par l'artiste pour la technique, dessinée de sa main ou sous sa direction étroite, puis tirée en nombre limité dans un atelier. Au XXe siècle, Chagall, Miró, Picasso ou Bernard Buffet ont beaucoup travaillé ainsi, notamment avec l'imprimerie Mourlot à Paris. Ces épreuves sont généralement signées au crayon et numérotées (par exemple 45/120), parfois marquées E.A. pour épreuve d'artiste ou H.C. pour hors commerce.
La prudence s'impose pour trois cas fréquents. Les lithographies « d'après » reproduisent une peinture ou une gouache, exécutées par un lithographe de métier : elles sont parfois signées par l'artiste, mais leur cote reste bien inférieure. Les épreuves signées dans la planche portent une signature imprimée, pas une signature au crayon. Enfin, des reproductions photomécaniques ont été vendues signées et numérotées avec certificat : le marché de certains noms, Dalí en tête, en est notoirement encombré.
Les revues d'art comme Derrière le Miroir, éditée par la galerie Maeght, contenaient de véritables lithographies originales non signées : ce sont des estampes authentiques, accessibles, qui valent le plus souvent de quelques dizaines à quelques centaines d'euros la feuille selon l'artiste.
Regardez la signature à la loupe : un crayon laisse un trait mat, légèrement gravé dans le papier et irrégulier. Une signature imprimée présente la même trame ou le même aplat que l'image.
Affiches, cartes, gravures de mode : chaque famille a son marché
Les gravures de mode du XIXe siècle, tirées de journaux comme La Mode illustrée ou le Journal des Dames et des Modes, coloriées à la main, se vendent couramment entre quelques euros et quelques dizaines d'euros l'unité. Les planches au pochoir de la Gazette du Bon Ton, dans les années 1910 et 1920, sont nettement plus recherchées.
Les cartes anciennes (cartes de Cassini, atlas des XVIIe et XVIIIe siècles, plans de villes) intéressent un public de collectionneurs régionaux : une carte du département ou d'une province peut valoir quelques dizaines à plusieurs centaines d'euros, davantage pour les pièces importantes en coloris d'époque. Les planches de botanique, d'ornithologie ou de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert suivent la même logique.
Les affiches lithographiées, publicitaires, de voyage ou de spectacle, relèvent d'un marché à part, très sensible à l'artiste, au sujet et à l'état ; voyez notre page pour vendre des affiches anciennes.
| Type d'estampe | Ordre de grandeur indicatif |
|---|---|
| Planche de livre décorative du XIXe, sans marge | quelques euros |
| Gravure de mode coloriée du XIXe | quelques euros à quelques dizaines d'euros |
| Carte ancienne régionale en bon état | quelques dizaines à plusieurs centaines d'euros |
| Lithographie « d'après » ou signée dans la planche | quelques dizaines à quelques centaines d'euros selon l'artiste |
| Lithographie originale signée et numérotée d'un artiste majeur | plusieurs centaines à plusieurs milliers d'euros |
Rousseurs, insolation, montage : l'état et la conservation
Les rousseurs, ces petites taches brunes dues à l'humidité et aux impuretés du papier, sont le défaut le plus courant. L'insolation jaunit le papier et fait pâlir les couleurs, surtout pour les estampes restées des décennies face à une fenêtre. Un passe-partout en carton acide laisse aussi une bande brune autour de l'image.
Laissez l'œuvre dans son cadre, à l'abri de la lumière et de l'humidité, jusqu'à l'estimation : blanchiment et décollage relèvent d'un restaurateur de papier.
Maison Lombard examine gratuitement vos estampes à domicile, dans le 77, le 89 et le 21. Les gravures sont souvent accompagnées de livres illustrés, de cartes ou de vieux papiers qui se regardent dans la même visite.
Les erreurs qui font perdre de la valeur
- Croire qu'une signature suffitUne signature imprimée dans la planche ou un certificat ne font pas d'une reproduction une estampe originale.
- Recouper les marges pour un nouveau cadreOn détruit une part importante de la valeur, surtout si la cuvette ou la lettre sont touchées.
- Décoller une gravure de son cartonLe papier se déchire ou s'amincit, mieux vaut laisser faire un restaurateur.
- Découper les planches d'un livre ancienUn ouvrage complet vaut presque toujours plus que ses gravures vendues à l'unité.
Les questions qu'on nous pose
Comment savoir si une lithographie est originale ?
Regardez-la à la loupe : une lithographie présente un grain de crayon ou des aplats sans trame de points. Vérifiez ensuite la signature au crayon, la numérotation, le papier et, si possible, la référence dans le catalogue raisonné de l'artiste. Les lithographies « d'après » et les reproductions signées restent les pièges les plus courants.
Que vaut une lithographie de Chagall signée ?
Une lithographie originale de Chagall signée au crayon et numérotée peut valoir plusieurs milliers d'euros selon le sujet, le tirage et l'état. Une lithographie d'après Chagall, même signée, ou une épreuve signée dans la planche vaut nettement moins, souvent quelques centaines d'euros.
Que signifient E.A. et H.C. sur une gravure ?
E.A. signifie épreuve d'artiste : un petit nombre d'épreuves réservées à l'artiste en plus du tirage numéroté. H.C., hors commerce, désigne des épreuves en principe non destinées à la vente. Ces mentions ne diminuent pas la valeur d'une estampe originale.
Les vieilles gravures encadrées de mes grands-parents valent-elles quelque chose ?
Souvent peu : beaucoup sont des planches de livres ou des reproductions décoratives, qui valent de quelques euros à quelques dizaines d'euros. Les estampes à grandes marges, les cartes régionales, les gravures de maîtres et les cadres anciens de qualité font exception.
Une gravure ancienne de Rembrandt ou de Dürer est-elle forcément précieuse ?
Pas forcément. Leurs cuivres et leurs bois ont servi à de nouveaux tirages bien après leur mort, et des copies anciennes circulent. Les épreuves tirées du vivant de l'artiste, sur papier d'époque et en bel état, sont rares et très chères ; les retirages tardifs valent nettement moins.