Bassines · Chaudrons · Casseroles étamées · Dinanderie

Que valent vos cuivres anciens ?

Accrochés au mur de la cuisine ou entassés à la cave, les cuivres font partie de presque toutes les maisons anciennes. Une partie ne vaut guère plus que son poids de métal, une autre intéresse les cuisiniers et les décorateurs, quelques pièces relèvent de l'objet d'art. Tout est question d'épaisseur, de fonction et de signature.

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En bref

La plupart des cuivres anciens courants, bassines à confiture, chaudrons ou casseroles dépareillées, se vendent le plus souvent entre 15 et 80 € pièce, et les objets minces ou abîmés ne valent guère plus que le cuivre au poids. Les batteries de casseroles épaisses, étamées et signées d'une grande maison, comme Mauviel ou Dehillerin, et les grandes pièces de cuisine professionnelle peuvent atteindre plusieurs centaines d'euros pour l'ensemble. La dinanderie Art déco signée relève d'un tout autre marché, où les plus grands noms atteignent des prix très élevés.

L'essentiel

Cuivre de cuisine professionnelépaisseur de 2 à 3 mm environ
Cuivre décoratifsouvent 1 mm ou moins, léger
Étamagecouche d'étain intérieure, indispensable pour cuisiner
Bassine à confituretraditionnellement en cuivre non étamé
Centre historique de la chaudronnerieVilledieu-les-Poêles (Manche)
Grandes signaturesMauviel (Villedieu, fondée en 1830), E. Dehillerin (Paris)

Au poids ou comme objet : le premier tri

Le cuivre a toujours une valeur de métal : récupéré, il se revend au kilo selon le cours du jour, qui varie en fonction du marché mondial et de la propreté du métal. C'est le plancher de prix des cuivres les plus ordinaires, quelques euros le kilo en général.

Au-dessus de ce plancher, l'objet prend le relais. Une casserole épaisse, bien formée, à queue en fer forgé rivetée, se vend pour cuisiner ; une bassine ou un chaudron décoratif se vend pour orner une cuisine ou une cheminée ; une pièce signée et rare se vend aux collectionneurs. Il serait dommage de vendre au poids une batterie qui intéresse un cuisinier, et inutile d'espérer un prix de collection pour une bouilloire mince des années 1970.

Le premier geste consiste donc à soupeser : à taille égale, un cuivre de cuisine authentique est nettement plus lourd qu'un cuivre de décoration.

Épaisseur, étamage, queue : lire une casserole

Les casseroles professionnelles françaises de la fin du XIXe et du XXe siècle mesurent en général 2 à 3 mm d'épaisseur au bord. On le vérifie au pied à coulisse ou simplement à l'œil sur la tranche. En dessous de 1,5 mm, on entre dans le domaine de l'usage domestique léger ou de la décoration.

L'étamage, couche d'étain appliquée à chaud à l'intérieur, protège les aliments du contact avec le cuivre. Un étamage usé laisse apparaître le cuivre rouge en fond : cela se refait chez un étameur et ne doit pas inquiéter l'acheteur, qui sait qu'une casserole ancienne se ré-étame. Les bassines à confiture, elles, sont traditionnellement en cuivre nu, car le sucre protège la préparation.

La queue renseigne aussi. Les queues en fer forgé ou en fonte, fixées par de gros rivets, signent les casseroles de cuisine ; les queues en laiton, plus décoratives, se rencontrent aussi sur du cuivre de table et de service. Un poinçon frappé près de la queue, nom de fabricant ou de grand magasin, valorise nettement la pièce.

PièceCe qu'on observeOrdre de grandeur indicatif
Casserole isolée, mince ou dépareilléeléger, queue laiton fine5 à 25 €
Casserole épaisse étamée, queue fer rivetée2 mm et plus, poids marqué30 à 100 €
Batterie de 5 à 7 casseroles graduées signéesmême épaisseur, même poinçonquelques centaines d'euros
Bassine à confiturecuivre nu martelé, deux anses30 à 100 €
Chaudron à ansecuivre martelé, anse en fer20 à 80 €
Turbotière, poissonnière, grande daubièregrande taille, couvercle d'origine100 à plusieurs centaines d'euros
Fontaine murale avec bassinréservoir à robinet, XVIIIe ou XIXe100 à 400 €
Bassinoire à manche boiscouvercle ajouré ou gravé20 à 80 €

Villedieu-les-Poêles et les grandes maisons

Villedieu-les-Poêles, dans la Manche, travaille le cuivre depuis le Moyen Âge, au point que la ville en tient une partie de son nom. Ses habitants, les Sourdins, devraient leur surnom, selon la tradition, à la surdité des chaudronniers, et ses ateliers ont fourni pendant des siècles bassines, pots à lait et chaudrons à toute la Normandie et au-delà. La maison Mauviel y a été fondée en 1830 et fabrique toujours des ustensiles de cuisine en cuivre.

À Paris, la maison E. Dehillerin, fournisseur historique des chefs, a vendu des cuivres poinçonnés à son nom, très appréciés aujourd'hui des cuisiniers et des collectionneurs, en France comme à l'étranger. D'autres poinçons de fabricants, de restaurants, d'hôtels ou de grandes maisons bourgeoises se rencontrent : un nom d'établissement frappé sur une pièce raconte une provenance et ajoute à son intérêt.

Attention aux cuivres « souvenirs » vendus en grand nombre aux touristes au XXe siècle, minces, parfois vernis : ils portent parfois le nom de la ville mais n'ont qu'une valeur décorative modeste.

Dinanderie Art déco : un marché à part

La dinanderie désigne le travail du métal en feuille, cuivre ou laiton, martelé et repoussé. Dans les années 1920 et 1930, des artistes ont fait de vases et de coupes en cuivre des œuvres à part entière : décors géométriques patinés, incrustations d'argent, laques. Jean Dunand et Claudius Linossier en sont les plus célèbres, et leurs pièces atteignent des prix très élevés en vente spécialisée.

À côté de ces grands noms, de nombreux dinandiers de talent ont produit des vases martelés et patinés, souvent signés au poinçon ou à la pointe sous la base. Ces pièces se situent le plus souvent entre une centaine et quelques centaines d'euros, selon la qualité du décor et l'état de la patine. Une dinanderie se juge comme un bronze d'art : la patine d'origine compte autant que la forme.

Un vase en cuivre patiné, lourd, au décor géométrique, ne doit donc jamais être poli : la patine brune, noire ou rouge, obtenue au feu et aux acides par l'artiste, fait partie de l'œuvre.

Nettoyer ses cuivres sans les abîmer

Le réflexe de faire briller tous les cuivres avant de les vendre n'est pas toujours bon. Pour une casserole ou une bassine d'usage, un nettoyage doux est acceptable ; mais les produits abrasifs, la laine d'acier et les bains acides prolongés rayent le métal, effacent les poinçons et creusent les martelages.

Les décapages agressifs ruinent aussi l'étamage intérieur et les patines anciennes. Une belle patine sombre et régulière sur une fontaine du XVIIIe siècle ou une dinanderie est appréciée des amateurs ; elle ne se recrée pas.

Le plus sûr est de montrer les cuivres tels quels. Nous nous déplaçons gratuitement dans le 77, le 89 et le 21 pour faire ce tri avec vous, entre ce qui se vend comme objet et ce qui relève du métal, et le reste de la cuisine, de la vaisselle ancienne à l'étain, peut être estimé en même temps.

  • Dépoussiérez à l'eau savonneuse tiède et séchez aussitôt.
  • N'utilisez jamais de laine d'acier ni de poudre abrasive.
  • Ne touchez pas aux patines brunes ou noires d'une dinanderie.
  • Laissez l'étamage tel quel, même usé : un étameur le reprendra.

Les erreurs qui font perdre de la valeur

  1. Vendre une batterie signée au poidsDes casseroles épaisses poinçonnées valent bien plus comme ustensiles que comme métal.
  2. Séparer une batterie graduéeUne série complète de même fabricant vaut nettement plus que la somme des pièces vendues isolément.
  3. Décaper une dinanderie au produit à cuivreLa patine d'artiste disparaît et la pièce perd l'essentiel de sa valeur.
  4. Confondre laiton et cuivreLe laiton, jaune, est un alliage de cuivre et de zinc ; il ne se vend ni au même prix ni au même public.

Les questions qu'on nous pose

Comment savoir si un cuivre est ancien ?

Regardez les traces de martelage, les rivets à tête large, la queue en fer forgé, les réparations anciennes et l'usure de l'étamage. Les cuivres industriels récents sont réguliers, souvent minces, avec des queues en laiton vissées ou soudées. Un poinçon de fabricant aide à dater.

Combien vaut une bassine à confiture en cuivre ancienne ?

Le plus souvent entre 30 et 100 € selon sa taille, son épaisseur et son état. Une grande bassine épaisse en cuivre martelé, aux anses rivetées et sans trou, se situe dans le haut de la fourchette.

Peut-on encore cuisiner dans une casserole en cuivre ancienne ?

Oui, à condition que l'étamage intérieur soit en bon état. S'il est usé, il faut la faire ré-étamer chez un artisan avant tout usage alimentaire, sauf pour les bassines à confiture, traditionnellement utilisées sans étamage.

Les cuivres décoratifs des années 1970 ont-ils une valeur ?

Très peu. Plats muraux repoussés, bouilloires minces et petits chaudrons décoratifs produits en série se vendent quelques euros, ou au poids du métal. Ils peuvent néanmoins être repris dans un lot lors d'un débarras.

Qu'est-ce qu'un poinçon Dehillerin ou Mauviel ?

C'est le nom de la maison frappé dans le métal, souvent près de la queue ou sur le flanc. Il garantit en général un cuivre de qualité professionnelle et intéresse les cuisiniers et les collectionneurs, ce qui soutient le prix.

Des cuivres plein la cuisine ? Triez avec un œil expert.

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