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Fauteuil ancien : combien vaut le vôtre ?

Entre un cabriolet Louis XV sorti d'un atelier parisien vers 1760 et un fauteuil de style fabriqué en série en 1950, l'écart de prix peut se compter en milliers d'euros, alors que les deux se ressemblent au premier regard. Voici comment travaillaient les menuisiers en sièges, comment lire un fauteuil, et ce que le marché paie réellement.

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En bref

Un fauteuil de style Louis XV ou Louis XVI fabriqué aux XIXe ou XXe siècles vaut généralement de quelques dizaines à 150 € environ, et les salons de style complets se vendent difficilement. Un fauteuil d'époque XVIIIe, en noyer ou en hêtre, vaut le plus souvent quelques centaines d'euros. Il peut atteindre plusieurs milliers d'euros, voire bien davantage, s'il porte l'estampille d'un maître menuisier parisien reconnu, s'il forme une paire ou une suite, ou s'il a conservé une sculpture et une dorure de grande qualité.

Repères

Louis XVvers 1730-1760 : courbes, pieds cambrés, dossier violoné
Transitionvers 1760-1775 : lignes droites sur pieds encore cambrés
Louis XVIvers 1770-1790 : pieds fuselés cannelés, dossier médaillon
Typesà la reine, cabriolet, bergère, marquise, fauteuil de bureau
Boishêtre (peint, doré ou ciré), noyer
Estampillenom du maître frappé au fer, obligatoire à Paris dès le milieu du XVIIIe siècle
Copies de styledu Second Empire aux années 1950, en très grand nombre

Reine, cabriolet, bergère : les familles de sièges

Le XVIIIe siècle distingue les sièges meublants, alignés le long des murs et assortis aux boiseries, des sièges courants, que l'on déplace au gré de la conversation. Le fauteuil à la reine, à dossier plat, appartient à la première catégorie ; le cabriolet, dont le dossier est incurvé pour épouser le dos, à la seconde. C'est pourquoi les fauteuils à la reine, plus imposants, se rencontrent souvent en suites.

La bergère est un siège de confort : assise large et profonde, joues pleines garnies entre les accotoirs et l'assise, coussin mobile. Ses variantes portent des noms précis, comme la marquise, bergère élargie qui tient du petit canapé, ou la bergère à oreilles, dont le dossier se prolonge par des ailes. Le fauteuil de bureau, à dossier enveloppant souvent canné, forme une catégorie appréciée des amateurs.

Sous Louis XV, tout est courbe : pieds cambrés, ceinture chantournée, dossier violoné, décor sculpté de fleurettes, de coquilles ou de feuillages. Sous Louis XVI, les lignes se redressent : pieds fuselés et cannelés, dés de raccordement ornés de rosaces, dossiers en médaillon, en anse de panier ou rectangulaires. La période de Transition mêle les deux, par exemple un dossier droit sur des pieds encore cambrés.

Estampilles et menuisiers en sièges

Au XVIIIe siècle, les sièges sont l'affaire des menuisiers, distincts des ébénistes qui réalisent les meubles plaqués. À Paris, à partir du milieu du siècle, les maîtres doivent frapper leur nom au fer sur leurs ouvrages : c'est l'estampille, que l'on trouve en général sous la ceinture, sur la traverse arrière ou à l'intérieur d'un pied. Sculpture et dorure étaient confiées à d'autres artisans, si bien qu'un fauteuil réunit plusieurs savoir-faire.

Des noms comme Georges Jacob, Jean-Baptiste Tilliard, Nicolas Heurtaut, Louis Delanois ou Jean-Baptiste-Claude Sené font la réputation des sièges parisiens, et leur estampille multiplie la valeur. En province, des ateliers comme ceux de Lyon ont aussi produit des sièges de grande qualité, parfois estampillés. Beaucoup de fauteuils d'époque, notamment provinciaux, ne portent aucune marque, ce qui n'en fait pas des copies.

Prudence toutefois : les fausses estampilles existent depuis le XIXe siècle, et une estampille authentique peut figurer sur un siège très restauré. Seul l'examen du bois, des assemblages et de la sculpture permet de juger la cohérence de l'ensemble.

Ne poncez et ne recirez jamais la zone d'une estampille : un fer frappé dans le hêtre est peu profond et s'efface vite.

Grille de lecture : siège du XVIIIe ou copie

Les styles Louis XV et Louis XVI n'ont jamais cessé d'être fabriqués. Du Second Empire aux années 1950, les fabriques ont produit des salons entiers (canapé, fauteuils, chaises) qui encombrent aujourd'hui les ventes. Ils sont parfois de bonne facture, mais restent des meubles de style. Le XIXe siècle a par ailleurs créé ses propres modèles, dont le fauteuil Voltaire.

Pour distinguer un siège ancien d'une copie, retournez le fauteuil et regardez la structure nue, sous la toile de fond si elle est déchirée. Le tableau ci-dessous résume les principaux indices, qu'il faut toujours croiser.

IndiceSiège d'époque XVIIIeSiège de style XIXe-XXe
Assemblagestenons et mortaises chevillés, chevilles taillées à la mainchevilles tournées, vis, colle, parfois goujons
Sculpturenette, nerveuse, légères asymétriesplate, répétitive, parfois mécanique
Dessous de ceinturenombreuses rangées de trous de clous, bois oxydépeu de trous, agrafes, bois clair
Renforts d'anglegénéralement absents d'origine, parfois ajoutés en restaurationtaquets d'angle collés ou vissés fréquents
Patineusure aux accotoirs et à la traverse avantteinte uniforme, vernis épais
Garnituretraces de garnitures successives, parfois à châssisgarniture fixe, mousse fréquente

Paires, suites et garnitures : ce qui multiplie ou divise

Un fauteuil isolé se vend toujours moins bien qu'une paire. Deux fauteuils identiques, sortis du même atelier, se négocient plus cher que deux exemplaires vendus séparément, et une suite de quatre ou six sièges, ou un ensemble avec canapé, accroît encore l'intérêt. Les paires recomposées avec deux fauteuils proches mais différents sont repérées par les connaisseurs et valent moins.

La garniture d'origine du XVIIIe siècle a presque toujours disparu. Une tapisserie ancienne, d'Aubusson ou de Beauvais par exemple, souvent remontée au XIXe siècle, peut néanmoins ajouter de la valeur si elle est en bon état. Une garniture moderne propre est neutre ; une garniture déchirée ou en mousse fait baisser l'offre, puisque l'acheteur intègre le coût d'un tapissier.

Beaucoup de sièges du XVIIIe siècle recevaient une garniture « à châssis », amovible, que l'on pouvait changer, par exemple selon les saisons dans les grandes demeures. Une feuillure dans la ceinture, petit ressaut destiné à recevoir le châssis, est un indice intéressant à repérer.

Ce que le marché paie pour un fauteuil ancien

Le marché des sièges anciens est très contrasté. Les fauteuils de style, même bien faits, se vendent bas, car l'offre est énorme. Les fauteuils d'époque provinciaux, solides et honnêtes, trouvent preneur à des prix raisonnables, et les sièges parisiens estampillés de belle qualité intéressent collectionneurs et décorateurs, prêts à payer nettement plus.

Ces fourchettes s'entendent pour des sièges en état correct. Une structure fragilisée, des pieds entés (dont une partie a été remplacée) ou une sculpture refaite les font baisser nettement. Le reste de votre mobilier peut être examiné dans le même esprit, comme le montre notre page mobilier et décoration anciens.

Pour une paire, une suite ou un fauteuil dont vous soupçonnez l'ancienneté, une expertise sur place vaut mieux que des photos. Nous nous déplaçons gratuitement en Seine-et-Marne, dans l'Yonne et en Côte-d'Or, nous examinons la structure, la garniture et l'éventuelle estampille, puis nous faisons une offre immédiate.

SiègeOrdre de grandeur indicatif
Fauteuil de style Louis XV ou Louis XVI, XXe sièclequelques dizaines d'euros
Salon de style complet (canapé et fauteuils)rarement plus de quelques centaines d'euros
Cabriolet d'époque, travail provincial, noyer ou hêtrequelques centaines d'euros
Bergère d'époque Louis XV ou Louis XVIquelques centaines à plus d'un millier d'euros
Paire de cabriolets d'époquede plusieurs centaines à quelques milliers d'euros
Siège estampillé d'un maître parisien reconnude l'ordre du millier à plusieurs milliers d'euros, bien plus pour les grands noms

Les erreurs qui font perdre de la valeur

  1. Poncer ou décaper la ceintureVous risquez d'effacer une estampille ou des marques d'inventaire, et de détruire la patine qui aide à dater le siège.
  2. Séparer une paire entre héritiersChaque fauteuil perd de la valeur, et la paire n'est presque jamais reconstituée ensuite.
  3. Croire qu'un siège doré est forcément ancienLa dorure a été largement employée sur les copies du XIXe siècle, parfois à la feuille, souvent à la bronzine.
  4. Remplacer la garniture avant l'estimationL'acheteur veut voir la structure et les traces des garnitures anciennes, qui renseignent sur l'âge.
  5. Négliger les marques au reversÉtiquettes, numéros d'inventaire ou cachets de château peuvent révéler une provenance qui change la valeur.

Les questions qu'on nous pose

Où se trouve l'estampille sur un fauteuil ?

Le plus souvent sous la ceinture, sur la traverse arrière ou sur une traverse latérale, parfois à l'intérieur d'un pied. Elle prend la forme d'un nom frappé en creux, en petites capitales. Il faut parfois une lampe tenue en lumière rasante pour la lire, surtout sous une couche de cire ou de crasse.

Comment reconnaître un cabriolet Louis XV d'époque ?

Le dossier est incurvé et violoné, les pieds cambrés se raccordent à la ceinture sans rupture, et la sculpture est fine et nerveuse. Sous l'assise, le bois est oxydé, les chevilles sont taillées à la main et la ceinture porte les traces de nombreuses garnitures. Une sculpture molle et un dessous propre doivent faire douter.

Un fauteuil Louis XVI de style a-t-il de la valeur ?

Peu, en général : quelques dizaines d'euros pour un fauteuil isolé, un peu plus pour une paire de bonne facture. Les copies de grande qualité réalisées au XIXe siècle par des maisons réputées font exception et peuvent être recherchées.

Faut-il garder la tapisserie d'un fauteuil ancien ?

Si elle est ancienne et présentable, oui : elle peut ajouter à la valeur. Si elle est déchirée, tachée ou récente, elle compte peu pour l'acheteur, mais ne la retirez pas vous-même : la déposer abîme souvent la structure et fait disparaître des indices utiles.

Les chaises anciennes suivent-elles les mêmes règles ?

Les critères de lecture sont proches (assemblages, sculpture, estampille), mais le marché des chaises a ses particularités, notamment pour les chaises paillées et les modèles du XIXe siècle. Elles ont leur propre guide sur la valeur des chaises anciennes.

Une paire, une suite, une estampille ? Faites-la lire sur place.

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